mercredi 13 décembre 2017

Publication sur le blog de Journal de mes Paysages

Publication d'un extrait du poème "Une cache" sur le blog de la revue Journal de mes Paysages, dirigée par Martin Wable et Pierre Saunier. 





Une cache


Talus, talweg, versant
synclinal, anticlinal
moelle des roches
partitionnée
pages argile
j'ai tout oublié
et même ces leçons sur les nuages
laissé sous clef
tous les signes du décor

49°17'57.2"N 105°55'13.(…)"E

écoute-moi, c’est une cache
mais il est tard déjà,
trop tard pour se méfier
des satellites
des filets tendus
des street views qui reniflent et furètent en hyène
des yeux multipliés, infinis
ils figent
ils volent
et même les âmes, comme le veux la croyance
ils ont dynamité consciencieusement, méticuleusement
les territoires du songe
les projectiles boomerang lancés depuis la station de l'enfance
tout ce qui reste embué dans le roman initial
douloureux dénudement
de nos angles morts
sacrilège

49°17'57.2"N 105°55'13.(…)"E  est maintenant sacrilège

soudain
le ciel est passé à l’ambre
il prend tout, aspire tout dans son sac
de nuée aveugle
la brusquerie d’une morsure
à peine le temps pour nos voix
et l’ampoule
de s’éteindre
un arbre s’effondre
et l’on mâche du verre
jeté d’ombre sur la table
où repose le thé brûlant
et dans ce thé des cercles concentriques
lait de l’épaisseur d’une langue, sel
et nous, sur pieds, à voir le sable grossir
ciel qui a changé de chant
comme un animal

49°17'57.2"N 105°55'13.(…)"E  les chiffres et les lettres remuent, ondoient, deviennent les arbres qui manquaient

j’étais neuf
je n’avais dans les poumons qu’une poignée de tac tac tac brefs de cette horloge dans la pièce du fond, pas davantage
quand tout est devenu réplique aux eaux profondes
elle a déferlé sur nous
la tempête de poussière
maille serrée
à peine le temps de courir aux fenêtres
rabattre ces carreaux doubles qui savent tenir en respect
l’hiver et son schlass omniscient
à peine le temps de voir la colline au loin s’obscurcir
on avait cru à l’orage fugitif
les chiens ne hurlaient plus
le vent avait tiré la flamme en arrière
il cueillait, dessinait
niait en bloc
alors même que là, plus qu'ailleurs
l'horizon est nu
est un appel
est un aimant nourricier
et rien n'a de bord
j’ai compris
la poussière, les broussailles de poussière, le vent
voulaient effacer mes traces
me recouvrir
que ma piste s’arrête
que mes pas se perdent ici, à jamais
près d'une palissade quelconque
dans une allée vierge de numéros, de noms
dresser refuge, malgré tout
dans ce pays où le feutre rayonne
et l'herbe, inclinée dans le sens de la cavalcade, t’égare en senteur
dans la pièce éteinte
les lèvres remuent muettement
vers les troupeaux qui sont sur la prairie
comme nuages au ciel
et pour ceux qui les veillent
par-dessus bord
cette nuit rouille fugace furieuse
mauvais génie
j’ai formé le vœu qu’elle veuille m’effacer, moi aussi
me prendre dans son livre
m’accoler à ces visages si différents du mien

49°17'57.2"N 105°55'13.(…)"E  avale mes signaux

Décrue.
Les cheminées les fronts de cabanes reparaissent
au-dessus des lignes de bois cendre
les oiseaux ressortent de sous nos paupières
très vite des hommes
qui flottent au loin
sur des restes de souffle fouet
qui s’affairent sur cette charpente révélée, ces poutres brisées
c’est encore le silence qu’ils clouent
on quitte nos terriers, on rallie la steppe
et là c’est un nouveau récit
qui jonche les herbes défaites de leurs effluves, de leur bleuité
débris de plastique et de verre
côtoient des ossements lavés, polis
les points de métaux brillants font mal
crachats, obstacles et plaies
butin malaise

49°17'57.2"N 105°55'13.(…)"E  giflé, averti

les animaux vont surgir de cet air là
qui finit par tasser peu à peu sa lave
étouffe la gorge béante sous le village
au soir
rejoindre les maisons
rejoindre l’immuable
le pelage et la laine un peu mieux noués à la terre
et trainant derrière eux la pluie
jusqu’aux racines secrètes
et puis ce train, en contrebas
qui sait la taïga et qui sait le désert
pour clore le jour est sorti lui aussi sur les nuages de terre
suivant, dépassant
ces chevaux sauvages vus cabrés célébrer l’orage
et la peau libre
les wagons ne sont plus peuplés que de nourrissons, profonds dans les eaux tièdes du rêve
eux aussi fondent

49°17'57.2"N 105°55'13.(…)"E
49°(…)57.2"N (…)°55'13.(…)"E  se disloque dans l’haleine prometteuse
49°(…)57.(…)"N (…)°(…)'13.(…)"E
 

samedi 2 décembre 2017

Publication dans Traversées

Publication dans le numéro 85 (septembre 2017) de la revue belge Traversées, dirigée par Patrice Breno.





dimanche 5 novembre 2017

Fin de nuit sur ta cage


Porte claquée
au coin, derrière la vitre de l’étal
les têtes de moutons te giflent,
mais pas assez pour que tu les abandonnes
renverses le tout, fasses le verre gémir
tu marches
aux lueurs sans tambours
tu ôtes tes vêtements un par un
tu ne le fais pas mais tu y penses
et chaque pas s’alourdit de ces petits tas de tissu que tu n'oses faire naître
avant d'y mettre le feu
ce t-shirt, tu n'y sens que ton odeur
mais du sommeil et des rires volés
sont dans chaque fibre
le plus sale des butins
ne dort jamais longtemps dans le ventre des cargos
tu longes les édifices
aux heures brunes
tu le hais ce fatras qui passe au travers des cartes
et la vie qui s'en échappe envers et contre tout
fumée volage aux relents magnétiques
entre les murs de pain sec et de béton traversés de métal
vieilles blessures longuement dissimulées
cette pliure de mégot, que serrent deux pavés qui méritent l'explosif à ton goût
admet-le, tu t'y vois, mais sans la magie des années où rien n'était signe
à présent
une voix te nourrie sans trêve
les mêmes maladies sont sur les bâtisses
et les hommes

mardi 10 octobre 2017

samedi 7 octobre 2017

samedi 30 septembre 2017

Une anecdote


A 14h50 heure locale, après une brève et futile dispute avec sa bien-aimée, il fait passer le portail à la voiture de son beau-père
à 14h51, en repoussant le lourd ventail métallique, il se pique le bout de l'index sur une arrête empâtée de rouille
le soir même, revenu sous un ciel au pastel gras
des vertiges l’assiègent, il se sent mal  
à 22h47, alors que les bêtes et les hommes sont à leur place
ces derniers resserrés devant des flammes odorantes,
il plonge dans une sorte de sommeil comateux
qui affole la maison
le trajet jusqu’à l’hôpital se fait dans le silence perçant des étoiles
trois jours plus tard
il meurt
sans que l’on puisse lui éviter les spasmes typiques
personne ne savait ce qu’il était parti faire
cet après-midi là, dans cette ville
tout un continent d’ombre pour lui seul
quand son sang l’a trahi
son sang venu d’ailleurs
il s’est fermé comme une fin d’été
le long de collines bleues indessinables
et leurs troupeaux si près, si loin,
les rues dont l’hiver a brisé les os
le marché qui sent l’acier brûlant
et ces yeux d’eau dormante qu’il aimantait
il était parti seul
sa bouche et ses paupières sont restées closes
dans une poche le ticket d’une commande fraîche
pour un collier de femme en argent