dimanche 18 février 2018

Leçon de choses


J'ai vu des cochons sauvages
butiner des tas d'ordures qui me survivront
à quelques pas d’une eau limpide et froide
métal précieux d'une rivière douloureuse
dans le même train, ici, satori, zapoï
restent pour moi des portes de bois rouge, des voiles de cuir odorant,
contre lesquels je donne des coups d'épaule
en vain
au bord de cette rivière
j'ai regardé disparaître ma dépouille du jour
attirée avalée par le courant
c'est toujours un peu de l'enfance
que l'on pèle ainsi
puis j'ai mangé un poisson fumé
noir de sel et d'attente
en songeant combien son cœur était plus pur que le mien

mercredi 17 janvier 2018

Figure


Elle est invincible cette femme
elle reste campée sur ses deux cuisses d'argile

soleil vainqueur, scrute la colline

même quand le linge s'est imprégné des cris

qui échappent à la langue

même lorsque la pluie tombe dure

dans la cuisine ou la chambre

elle sourit

d'un sourire insondable de chat

elle est debout

même quand son enfant reçoit un numéro d'écrou

et que le trajet de bus, le sac de nylon sur les genoux, est à ciel ouvert à cœur ouvert

elle ne s'écroule jamais cette femme

une forêt d'esprits l'environne

ses pas mesurés flottent à la surface d'une terre qui ne l'a pas vu naître

une ronde d’ombres douces pour

de ses oreilles de ses yeux

faire tomber tous les signes et les pièges

qui campent dans ses nuits

elle respire auprès des machines

le jour l'esquive

et les dettes de la grosseur du poing, explosives, se dédoublent et s'accrochent aux murs,

sales comme le charbon

dans cette petite ville sans issue

un pollen guérisseur s'épuise

derrière ses dents blanches

on l'arnaque la floue la pousse dans la fumée

mais elle remonte à la surface sans colère

son échine tremble sans rompre sous le vent

feuilles tendres au bout des doigts

cette femme

elle parle doucement elle murmure elle prie

elle est dans le mouvement de l'herbe ou de la ville

elle tient

mardi 9 janvier 2018

mardi 26 décembre 2017

Publication dans l'anthologie collective "Poèmes de soutien aux réfugiants et réfugiés"


Publication dans l'anthologie collective "Poèmes de soutien aux réfugiants et réfugiés", coordonnée par Jean Foucault, aux éditions Corps Puce.

Publication dans Scribulations




Publications dans le numéro 10 (2017) de la revue Scribulations, dirigée par Jean-Marie Dutey, et dans le numéro anniversaire des dix ans de la revue.

mercredi 13 décembre 2017

Publication sur le blog de Journal de mes Paysages

Publication d'un extrait du poème "Une cache" sur le blog de la revue Journal de mes Paysages, dirigée par Martin Wable et Pierre Saunier. 





Une cache


Talus, talweg, versant
synclinal, anticlinal
moelle des roches
partitionnée
pages argile
j'ai tout oublié
et même ces leçons sur les nuages
laissé sous clef
tous les signes du décor

49°17'57.2"N 105°55'13.(…)"E

écoute-moi, c’est une cache
mais il est tard déjà,
trop tard pour se méfier
des satellites
des filets tendus
des street views qui reniflent et furètent en hyène
des yeux multipliés, infinis
ils figent
ils volent
et même les âmes, comme le veux la croyance
ils ont dynamité consciencieusement, méticuleusement
les territoires du songe
les projectiles boomerang lancés depuis la station de l'enfance
tout ce qui reste embué dans le roman initial
douloureux dénudement
de nos angles morts
sacrilège

49°17'57.2"N 105°55'13.(…)"E  est maintenant sacrilège

soudain
le ciel est passé à l’ambre
il prend tout, aspire tout dans son sac
de nuée aveugle
la brusquerie d’une morsure
à peine le temps pour nos voix
et l’ampoule
de s’éteindre
un arbre s’effondre
et l’on mâche du verre
jeté d’ombre sur la table
où repose le thé brûlant
et dans ce thé des cercles concentriques
lait de l’épaisseur d’une langue, sel
et nous, sur pieds, à voir le sable grossir
ciel qui a changé de chant
comme un animal

49°17'57.2"N 105°55'13.(…)"E  les chiffres et les lettres remuent, ondoient, deviennent les arbres qui manquaient

j’étais neuf
je n’avais dans les poumons qu’une poignée de tac tac tac brefs de cette horloge dans la pièce du fond, pas davantage
quand tout est devenu réplique aux eaux profondes
elle a déferlé sur nous
la tempête de poussière
maille serrée
à peine le temps de courir aux fenêtres
rabattre ces carreaux doubles qui savent tenir en respect
l’hiver et son schlass omniscient
à peine le temps de voir la colline au loin s’obscurcir
on avait cru à l’orage fugitif
les chiens ne hurlaient plus
le vent avait tiré la flamme en arrière
il cueillait, dessinait
niait en bloc
alors même que là, plus qu'ailleurs
l'horizon est nu
est un appel
est un aimant nourricier
et rien n'a de bord
j’ai compris
la poussière, les broussailles de poussière, le vent
voulaient effacer mes traces
me recouvrir
que ma piste s’arrête
que mes pas se perdent ici, à jamais
près d'une palissade quelconque
dans une allée vierge de numéros, de noms
dresser refuge, malgré tout
dans ce pays où le feutre rayonne
et l'herbe, inclinée dans le sens de la cavalcade, t’égare en senteur
dans la pièce éteinte
les lèvres remuent muettement
vers les troupeaux qui sont sur la prairie
comme nuages au ciel
et pour ceux qui les veillent
par-dessus bord
cette nuit rouille fugace furieuse
mauvais génie
j’ai formé le vœu qu’elle veuille m’effacer, moi aussi
me prendre dans son livre
m’accoler à ces visages si différents du mien

49°17'57.2"N 105°55'13.(…)"E  avale mes signaux

Décrue.
Les cheminées les fronts de cabanes reparaissent
au-dessus des lignes de bois cendre
les oiseaux ressortent de sous nos paupières
très vite des hommes
qui flottent au loin
sur des restes de souffle fouet
qui s’affairent sur cette charpente révélée, ces poutres brisées
c’est encore le silence qu’ils clouent
on quitte nos terriers, on rallie la steppe
et là c’est un nouveau récit
qui jonche les herbes défaites de leurs effluves, de leur bleuité
débris de plastique et de verre
côtoient des ossements lavés, polis
les points de métaux brillants font mal
crachats, obstacles et plaies
butin malaise

49°17'57.2"N 105°55'13.(…)"E  giflé, averti

les animaux vont surgir de cet air là
qui finit par tasser peu à peu sa lave
étouffe la gorge béante sous le village
au soir
rejoindre les maisons
rejoindre l’immuable
le pelage et la laine un peu mieux noués à la terre
et trainant derrière eux la pluie
jusqu’aux racines secrètes
et puis ce train, en contrebas
qui sait la taïga et qui sait le désert
pour clore le jour est sorti lui aussi sur les nuages de terre
suivant, dépassant
ces chevaux sauvages vus cabrés célébrer l’orage
et la peau libre
les wagons ne sont plus peuplés que de nourrissons, profonds dans les eaux tièdes du rêve
eux aussi fondent

49°17'57.2"N 105°55'13.(…)"E
49°(…)57.2"N (…)°55'13.(…)"E  se disloque dans l’haleine prometteuse
49°(…)57.(…)"N (…)°(…)'13.(…)"E