jeudi 10 mai 2018

Publication dans Place de la Sorbonne





Publication dans le numéro 8 (2018) de la revue Place de la Sorbonne, dirigée par Laurent Fourcaut.  

Commentaire de mes poèmes par Laure Michel, Maîtresse de conférences en littérature française du XXe siècle, Université Paris-Sorbonne :

“(…) Circonstanciels et anecdotiques au premier abord, les poèmes s’attachent à des détails concrets, puisés dans un univers quotidien exhibé comme tel.
(…) C’est dire que le circonstanciel et l’anecdotique ne tirent pas le poème du côté de la poésie légère, mais lui impriment avec force le tour dramatique d’une existence ou d’une histoire marquée par le tragique.
(…) Parfois même, comme dans tel autre poème qui parle de l’Histoire, dans ses pages les plus noires, “pages manquantes” de la guerre d’Algérie non nommée dans le texte, ce même procédé qui désigne et tait à la fois, servira à mimer les silences des récits nationaux et des manuels d’histoire.
(…) Le tragique, deviné dans les silences du texte, ne se dit, dans “La terre a tremblé” et “Heure cassée”, que par l’acuité des sensations et la précision des descriptions. Cela donne à ces poèmes la force d’un contrepoids vital et sensible aussi bien qu’une aura d’inquiétante étrangeté”.  

dimanche 22 avril 2018

Minuscule

sur la chair blanche luisante de la poire
ses gencives laissent de petits nuages de sang
elle, elle n’en finit plus de caresser des yeux
les fleurs délicates que sa peau retient depuis peu
miettes noires sur la table, le papier d'Arménie
avait été avare, décevant, comme toujours
impuissant à empêcher le monde de se réduire
au ressac imprécis de la route nationale
personne ne lui pose la question mais il répond
qu'il passera les trois prochaines années
à regarder le soleil à travers les feuilles d'un philodendron monstera

mercredi 11 avril 2018

Collage

L’enfant sous les néons mais noué à l’ombre sale
héritier d’une tradition de roulis
héritier comme je veux l’être d’un rêve de Pangée
l’enfant à qui l’on a volé les belles aventures du roman
j’avais son âge
pour enterrer en grande pompe
l’oiseau mort trouvé sous les fourrés
aujourd’hui encore je ne pourrais en rire
au creux d’une main ce que je savais
et ce qui restait loin de moi
dans l’autre
les noms des plantes et des fleurs que je ne connaissais pas
mais pouvais toucher
et j’entends Krishnamurti
c’est déjà un autre siècle, il est tard
ni dans celui-ci ni dans aucun autre
je n’ai vu l’enfant brûler à la Une des journaux
le soleil retenu dans sa chair
se fane
et tous les deux le torrent des moteurs nous empêchent
d'entendre l’herbe pousser et les arbres qui,
un à un, quand nos yeux se ferment
quittent la ville

dimanche 18 mars 2018

De l'or à mâchouiller

Des chiens s’étendent se diluent dans les flaques de soleil
devant la maison de Nikolaï Vassilievitch Gogol
qui croule lentement, grain à grain
j’ai mordu dans ces murs de faux pain
les trottoirs sont larges, en peau de terre soiffarde
les arbres ont des chaussettes de tennis
deux heures deux mois de plus ici
et je vire gopnik inouï, voyou mais pacifique,
je rejoins les chats languides lavés d’acacias
les rues pilonnées d’or
la plus onctueuse, la plus riche constellation jamais arpentée
confite dans une note ultime échappée, suspendue
sur la table fume encore le repas de ceux qui ont couru
assez vite pour fendre la mer et dormir à New York sud
les grues se penchent sur une eau gluée, avancent dans la rouille
s’épargnant d’enfanter des silhouettes menaçantes
deux minutes deux siècles de plus ici
pas besoin de flic, de public,
je m’inventerai des racines, mentirai
pour m’attacher aux feuilles plus brillantes que les dômes
aux voleurs accroupis
aux étals de fleurs de fête, améthystes mortes serrées de cordelettes
aux ciments épicés
Odessa, ta pente est douce
je te connais à peine

Publication dans L'intranquille



Publication dans le numéro 14 de la revue L'intranquille, dirigée par Françoise Favretto.