jeudi 15 décembre 2011

Les monstres

L'air brûlant qui convoie tant de passagers m'a sorti tout à fait des caves du métro. Des angles inédits. Des angles inouïs. Des attaques de verre.
Les vigies ne sont pas faites de chair. L'argent est sur les toits. Ils ont lâché des taxis dans les canyons, il y a des trains sur et sous l'eau. Mais rien ne répond à la peau. Chaque rue est un rocher de jardin soulevé. Et j'entends, en passant, les prières des trafiquants, des voleurs, des femmes damnées. La pluie n'a rien lavé de son hurlement et ne lavera jamais rien.
Quelques jours dans ce décor ont suffi à empoisonner mes paumes. Je fais courir mes doigts sur les façades exsangues, je n'ai confiance en aucune pierre. D'ailleurs, elles sont très rares. Je ne sais pas ce que protègent ces murs glacés. Chaque tentative de pénétrer dans un immeuble échoue.
Je sens que la nuit colorée, la nuit de jungle me noie peu à peu. Sur le béton d'un renfoncement, un autre a recopié le poème que je recopierai moi-même, et qu'un autre recopiera après moi :
« Mère, prends-moi comme une de tes écailles. Salle des machines, Mère ! Parle-leur, qu'ils viennent me chercher, qu'ils m’enchaînent. L'air est trop grand au dehors. Je ne veux plus de ce ciel et de ses incendies. Qu'ils me prennent, me fondent sur la maille. L'odeur du temps sera moins terrible de l'intérieur ».







mercredi 23 novembre 2011

Les conquérants

Ces îles aiguës ne nous attendaient pas
des voleurs d'images
des voleurs de chants
nous sommes passés
sous le regard éteint des eaux
le chemin
jonché de phalanges inertes
et le vol jaune, l'auréole des terres
n'a pas suffi
laide odyssée
les mêmes tambours usés nous précèdent toujours
le murmure des fauves courant le long des rails
surgissant des jardins suspendus
la fièvre nous l'avons bercée comme un gemme
brûlure fidèle de nos venins
forçant les âmes
là-bas
baignant la terre
là-bas
et les branches et les corps qui en sortent depuis
sont tordus de douleur
ils n'en finissent pas de rouler
dans l'ombre amère

mardi 8 novembre 2011

Aimant, brûlure

Je ne connais pas ces terres par la peau. L'iris d'huile y saigne abondamment à la demande des arbres nourriciers. Je voudrais que tous les rêves d'une aube vierge des sirènes se rejoignent au-dessus de la vieille ville. Mais ces terres sont menées par le livre. Chaque coup sera rendu dit-il. Les mains coupées sur la rivière ont été vues de tous. Et je pense à ces enfants qui s'éteignent, à ces yeux d'enfants crevés en plein soleil et dans la poussière, et je pose ma tête à plat du sol pour écouter ce qu'ils disent à travers nuit. Leur chant est venu rejoindre l'eau des caldeiras. Mais les perles des blessures vont sécher, noircir et leurs frères auront ces martyres d'oiseaux plein leur souffle. L'ombre est une cache d'insurgés. Bien sûr qu'ils prendront les armes.

mercredi 12 octobre 2011

Indicible

J’attendais
Ce cri
Je l’avais seul
Forgé        

Les ronces 
Aux yeux
Ici bas
Étreindre
Une seule âme
Pour les étreindre toutes
J’ai longé
L'offense au souffle
Où s’était juché
L’œil du crime

Ils ont nié la flamme commune
Ils ont giflé celui qui a
Pétri toutes choses
Il y eu même du
Sang sur ces
Diamants de source,
Le monde insu

Nom maudit
Ailes coup de feu du
Porteur de jais
Sur le silence étendu

Souviens-toi qu’ils furent des
Ponts sur ce silence
Souviens-toi que l’
Histoire écrivit
A même leur peau

Ces blessures
Chaque grain
S’est dissout
Les témoins diront
Qu’à présent ces allées
Taisent cette nuit consciente
Qui fut la leur
Et son bras souple encor
Retient ceux
Qui voudraient semer
Au-delà des cendres



 


                                                                               Birkenau - août 2011

lundi 26 septembre 2011

A l'absence arraché

Les pleins   et les   déliés         
De la roche
Où baigne l’
Astre sans conscience
Le souffle court marque
L’échouage

J’ai voulu me soustraire
           m’étendre
           et me perdre
Que le sable immémorial
Qui lave les Empires
Ne glisse pas sur moi
J’ai même fui les
Contrepoints de la faune
Je voulais être
Le souvenir
Et le sang
Ne sécheraient pas
Aux cavatines cruelles
De l’Histoire

Mais la chair m’a dit
Qu’on ne s’échappait pas

lundi 19 septembre 2011

Simple

                                                                                    Auprès de l’eau grande voyageuse, par la pensée
  
Il a
    Fui

D’Ulysse
Vient le vent
Son chant rougit
Et brûle
   déjà

Les arcs de triomphe
Sont des ponts
     sur la mer

Dans la torpeur capiteuse
D’une aube arrêtée
Il fait ce voyage de
L’or froid
Vers la félicité.
Béton doux
Aux Dieux neufs
Et vulgaires,
Ouvre le champ des possibles !


Fleurissant l’exil
Il dira : 
Le poids des siècles
Ne me manque pas

lundi 22 août 2011

La noble empreinte

Geyser de
Poissons isocèles
Asservis à ton
Couteau mécanique
Ton Œil sait
Les Gemmes irrévélés
Sous la montagne

Mon frère
Lève le voile marmoréen,
Des abrupts
Que les siècles couvaient
Prodige
Tu libères la
Sagesse ronde
D’un crâne antique

Hercule te prête
Puis
Souffle suspendu
Tes doigts dansent
Et fondent
Sur les veines de cobalt immémoriales
Ouvrent les
Gousses de pupilles
Tracent
Coupent
Et
Tapissent
Sur la tension grenue
Sur l’indolence
Eau morte
Faîte peau

En des cercles concentriques infinis
Qui t’appartiennent tous
Assemble des peuples et
             Nos mémoires
Fais jaillir les noblesses éteintes
Étreint
Tes golems
Anoblis
Dans la nuée melliflue

Mon frère
Fait surgir, fait surgir
C’est l’épure
Puis le Sacre


dimanche 31 juillet 2011

Le poids du sable

Benjoin féal
Des mystères ocrés      
Pays du miel
   Sans miel
La lune rouge
Abreuve les hommes
   Et la poussière,
Les degrés des
           Temples
Finissent sur
L’Ether
Et la myrrhe
A prunelles de flamme
Veille à l’ivresse du profane.
Les tombes sont en pain des
                    Siècles
Le long du fleuve
Des Dieux chats

Je ne vous ai jamais vu,
Vos champs sont de soleil
Mais le sang ancestral
Pèse
Pèse à jamais ;
Mortel,
L’ombre s’éploie
Sur la liqueur du
        Monde
A ton bras fleurira
Le legs du sable,
Deux perles carmin

C’est écrit,
Tu n’iras pas
Jusqu’où
Versent les vies sereines

samedi 23 juillet 2011

Une existence

Marcher
Le long des
Morsures de l’eau

Les   pleins
    Et
Les   déliés
Recèlent des
  Masques
  Mortuaires
Et le sang
Fait son lit des
  Écritures   
    

Quand viennent les
                    Comètes
                   Exsangues
Parfois un
Cri
Jeté sur l’
     Encre

A ceux qui
Restent
Le vide        
Mutile l’ombre

mardi 19 juillet 2011

Surface

La colline
A cette lâcheté de cire
Bouche ouverte
Je fuis
Le long des cubes de
Rhinocéros

La ville a
Sanci
Et je ne sais plus
      Qui
Tient la lanterne

Il faut
Sur la nacre
Tailler
Pour qu’
Aux poumons
Les cimes viennent

mercredi 13 juillet 2011

Une saison manque

Flache noire
            En suspens
Les hommes capelés
 
La ville gonfle 

De part et d’autre
                  Des cuirassés de brique
                  D’ambre et de
                  Brasier Bismarck
Balafrés
Faufilés d’airain roussi
Abstergés de perles
Voient glisser les heures grises.
Sur les toits,
Fines 
Ciselées
Des silhouettes
Une danse grotesque que je ne comprends pas
 
Affres immuables
Le silence des cryptes
               Veille mes tentatives d’envol
Le linceul du jour 
   M’assujettit
   Au plus près
 
Chaque jour
S’étend l’Empire statuaire.
 
Agir
Souffler sur
  L’abîme
La joue de l’aube sur la pierre du rémouleur
 
Vite
Faire mon ire un   cataclysme
Purgeant les tréfonds ords
Qu’un limon rieur enduise de lointains
Mes yeux exondés
 
Et voir enfin
      Épuisée
        Libre
La Cité
Rendue au couronnement des
Oranges éthérés dans l’azur

vendredi 8 juillet 2011

Asile

Au plus près des
Élans ridés de mémoire
Au repos des dryades
Les escadrins noueux
S’abaissent jusqu’à mon crâne
 
D’arbres enveloppé
Légion
Qui sur le vent
Murmure
Et fraternise
Un pont à travers nuit
 
Assauts
        Aube
Le rouleur des blés
Couve le     vide

mardi 5 juillet 2011

Cruelle auprès

La rue s’approche
Le sommeil des voûtes
         Monumentales
Fait fondre l’asphalte
Les cris d’enfants
Cassent sur l’abrupt
Des rives;
Sur les fronts lisses de bronze
        S’étiolent les sagesses
 
Des bermes s’étirent
Se        distendent
Dans les sinuosités aiguës de
L’ombre
Les chuchotements,
   Étourneaux,
Sont dans des langues obscures
Et grandes voyageuses
 
Très loin
Vus en songe
Des squelettes de fascines
Sérénité de champs immenses
 
Ici
Les pas à la cadène
Dans la
Glue des mécaniques
Et le
Fouet feu du temps.
Certains
Près des gueules d’ombres sépulcrales
Glissent
Marchent
Et dorment
Sur la peau du serpent;
Jusqu’en ces refuges labiles
Viennent mordre les stridences
 
Le mercure et le crachat des lampes
Font sur le sol
               Des dos de Scarabées d’Egypte

dimanche 26 juin 2011

Monstre magnétique

L’alcyon
D’airain et
D’âme poisseuse embrasée
Perce le samit d’Ouranos
Et dans ce bruit d’empyreume
                            De senteurs neuves 

                                     Et figées
Atteint aux rives d’un
Chaos apparent
 

Ici et là
Les défilés
  Lisses
Se tendent
Immenses
Corps noués
Sans creux
Les glycines des vieilles pierres
N’y viennent pas.
L’horizon se tait
 

Je sais que même les heures les plus chaudes
La mie du jour
S’abreuvent à l’hourvari
Je sais les mélopées flottantes riches
                     Et pleines d’exil
Mais je ne devine rien
Au-delà des à-pics
Dont l’oeil unique s’encadre d’acier
Froid.
Ces isthmes fiers
Il y nage un sang neuf

jeudi 23 juin 2011

Embu

Jour
Venu sans cuire
Laiton haï
 
Prières caillouteuses
La ligne que se partagent
Les vivants et les
    Dieux
Goutte en brasures de
Perles
 
L’audace
Sous un
Noeud de
Pierres

...

dimanche 19 juin 2011

Etat de grâce

Où les heures languissent
                         Amarescentes
L’oeil-souverain écache un
Ciel
Si
Pur
Avide d’un corps
   Un instant     
Détaché du bruit vierge des pièces d’eau
 
La main cherche le lait des murs
L’eau fait
Sur la pierre sèche
Des peurs de pieuvre
Des yeux argentins s’y étirent
Glissent
Et meurent
 
On se parle d’une rive   à l’autre
Les lèvres sur la pureté léthéenne
Comme un baiser d’Almée
De la prière de l’aube à
L’oraison
         Où s’infuse la nuit

samedi 18 juin 2011

L'appel

            Je suis les eaux d'un port
            Résignées
            Pleines de nacre
            Je courbe
            Sous l’étain à nu.

 
            Pourtant
            Quand le fil se découvre
            Les myriades de chemins m’
            Effraient

vendredi 17 juin 2011

Nation bistre

Les caravelles albescentes
        S’épuisaient
Sur la mer suspendue
Pas d’éclat,
Jusant lavique
              Et   pluie   d’aventurine
 

Adieu
Carcasse !
Je fus ta vermine, comme tant d’autres
Adieu peau de
Suie
 

Sur mon épaule se penchent déjà
Les cimes
Les fontes argentines
      J’y plongerai mes paumes salingues
Hélas.
 

Je cracherai sur l’herbe
Ta soie,
Nature
Rien ne brille que les feux de Saint-Elme
 

Odieux silence !
J’ai
Quitté
L’armée
Régulière
Des
Hommes

jeudi 16 juin 2011

L'évasion

Loin des
Arcs électriques

Une forge à taille
De monde
Coule le  
   Temps
Enfiévré
Sur les plaines
Au silence
Sans ombre

     Angle mort          Rare


La cendre des toits
Adire nos guetteurs

Tropiques

Ils écoutent
A même la
Terre

Le goût de
    L’ocre
En fuite vers
La mer
M’est inconnu

Marmite d’yeux félins
Des barrières d’essence
Aimeraient
Noyer
Le coupeur de têtes
                  Grasses


Les nombres tièdes
De la grille
Le lac
En suspension
Le lac
Est corrompu

Un crime


1.

Tandis que
Lardé de
Cris de
        Rapace

Sur le sol
De loin en    loin
Flaques d’or terne



2.

Comme l’herbe
Morte
Au soleil
Charogne
De colère

D’une crue
D’hommes
L’œil sous la banquise
Lèvres serrées
Comme une feuille
Sous le
Vent
Deux heures
Dictèrent les
Coups

Il reçut
Un grand
           Silence