lundi 31 décembre 2012

pièce n.05: cargo sauf



Elles avaient toutes une lame à la main et s'en servaient couramment, l’air de ne pas y penser.
Je suis parti.
J'ai mis l'eau entre moi et les morsures. La rue est loin. Depuis le pont, la nuit a cette épaisseur d'huile et d'argile trempée dans laquelle je nage. Le soleil n'a pas d'imitateurs. Les voix sont autant de bris de verre, qui meurent avant d'avoir pu toucher les premières peaux que l'eau porte.
Je ne sais pas qui est là, tout autour, combien de convalescents comme moi. Sans que je connaisse ma position précise sous le ciel, sur une note profonde, le cri de l'orphelin qui rallie la surface de son corps translucide, j'appelle l'avarie des hélices.

Comment lire cette nuit mouvante, ce cœur sans parois qu'est la mer sous mes pieds ? Pour moi seul comme pour mes frères blessés, j’appelle l’avarie des hélices

mercredi 31 octobre 2012

Empreintes devant


Demain tu iras voir la ville
tu iras comme au piège
tu chercheras si les murs te savent
et tu seras déçu.
Là,
comme d’autres siècles longés à tâtons,
le ciel ne t'apprendra rien.
Les poissons presque monnaie,
les faces taillées d’une même lame et qui suivent la pente du jour,
mosaïque sale, sang légué,
on voudrait s'y fondre.
Et tout respire uni,
alors tu frôles d’oublier les quelques rues qui sur ta peau existent.
Étends la main
cœur apatride !
Tu n’es qu’une saison,
tu ne fuis rien, je sais cela.
Comme toi je suis venu
et sans tristesse
j’ai su que je n’étais pas d’ici


dimanche 7 octobre 2012

Publication dans la revue Libelle

Publication de "L'appel" dans le numéro 238
(octobre 2012) de la revue Libelle.           (http://lorageaupoing.blogspot.fr/2011/06/lappel.html)                                              

Libelle est un mensuel de poésie créé en 1991 et dirigé par Michel Prades.
Prix de vente au numéro: 2€
Prix abonnement (12 numéros): 25€
Prix abonnement de soutien: 40€

Libelle, mensuel de poésie
116, rue Pelleport
75020 Paris
pradesmi@wanadoo.fr



dimanche 16 septembre 2012

Echappé

Suivant la sève je suivais mon sang
l’ombre portée des veilleurs
apaisait mon front du haut corail
et de son résident de feu
de tête je gravais « perdez-moi ! »
sur l'os affleurant des pentes, livre ouvert
les arbres baignaient dans une eau pleine d'or fugace
et je pouvais y respirer
et l'aube finissait d'y trembler
je glissais épousant le rire méandreux de ce chemin d’écaille
le sous-bois sur le point, peut-être, de chavirer
et je nageais comme on dort dans cette forteresse
il y a des sources de soupirs,
à l'enfance des versants des solfatares amis
plus d’iris de cuivre
plus de suie couturée
les tambours abolis
en bas
la course se love
et dort
je brûlais les derniers masques

jeudi 6 septembre 2012

Publication dans la revue Neiges

Publication de six poèmes (Rire et morsure de l'errant, Un guetteur, Le ressac et la mort, Réfraction tendre, Échappé, Les monstres) dans le numéro 1 de la revue Neiges, dirigée par Aymeric Brun.

https://sites.google.com/site/revueneiges/poesie/gabriel-henry

jeudi 12 juillet 2012

Rire et morsure de l'errant


1.

A l’auberge étrange
l’orgue des fosses, vert de nuit
sa propre lune
tous chats
J’ai vu passer celui qui, dans un sac,  
a le lent couteau des plaines tournées
l’adieu aux villes de l’Est
cavernes d’été
dont les murs hurlaient
      « fugitif éternel »
J’ai vu des martyrs et des saints
parler en volutes
aux yeux isocèles,
ramassés, dans l’ombre
lèvres sur le jardin
riant vers moi flou et cymbales
Sais-tu que là
des hommes, 
en exil pourtant, 
fêtaient la vie

Avant que le don des fleurs
et le sucre brûlé
ne lèvent leur Empire
les enfants de la clairière
cimes et trapèzes de roches aux mâchoires
tous libres et sauvages
j’ai vu cela
  oui !


2.

Et quand cela je l’avais vu
le feu du raisin sur les tempes
les gemmes
comme la côte bringuebalée
je me suis allongé dans l’averse
je me suis endormi sur le vide
et l’aube
c’était de retrouver la rue

dimanche 17 juin 2012

Un guetteur

Le silence se tend sur les terres comme la corde d'un arc. Les herbes hautes auprès de la rivière sont dans les serres de l'attente.
A portée de voix, des cousins et des inconnus. Nous ne sommes jamais cachés vraiment mais posés là comme un virus. Et la langue sablonneuse que sort l'eau voudrait nous recouvrir, vengeance et suaire.
Le ciel mourant brûle des épices sans se soucier des hommes que nous sommes. Je crois que le marteau décrit des courbes incalculables. Par sa faute un empire se tient sur chaque rive, derrière chaque caillou, chaque roseau.
Je crois que l'on amène ici des cris brefs qui salissent l'onde et le vert clair et le jaune pâle qui fêtaient jusqu'à présent des noces renouvelées.
Je pourrais être un simple pêcheur ici, allongé dans la sagesse du décor. Mais une arme est posée juste à mes côtés, touchant presque ma main qui se passera de maître.

mercredi 9 mai 2012

Le ressac et la mort

La ville mourait. Cela pouvait durer des siècles avant qu'elle ne nous pousse loin dans un dernier souffle de poussière jaune.
Je partais. Hors-champ, ainsi, des montagnes aux bruits des rameurs. Ignorant les roues immenses, je dormais çà et là, à tout jamais pensais-je, dans la moindre flaque glacée qu'offrent les muets chemins.
A l'aide d'un canif, de l'eau aiguë des torrents et des siestes de mort à même la mousse, j'essayais de perdre cette peau devenue chaîne.
J'aurais sacrifié des sabliers et des montres, pour le symbole. J'ai cherché sans la trouver la crevasse où me laisser choir les bras liés. Plus tard, un sage quelconque me montrera le sentier en le traçant de l'index sur mon front. Cette cache est commune à tous les crânes, le plus souvent couverte d'un amas de métaux brillants et de néons.
Ils n'ont eu besoin d'aucune police. Repris par l'électricité ce petit familier que je flairais comme le diamant, repris par la scansion unie des hommes, marchant seul vers les lueurs qui infusent la mort, je quittais la nuit sans balafre.




                                   ©Ori Gherst

mardi 17 janvier 2012

Publication dans la revue Libelle

Publication de "Simple" dans le numéro 230 (janvier 2012) de la revue Libelle.            ( http://lorageaupoing.blogspot.com/2011/09/simple.html )                                                
Libelle est un mensuel de poésie créé en 1991 et dirigé par Michel Prades.
Prix de vente au numéro: 2€
Prix abonnement (12 numéros): 25€
Prix abonnement de soutien: 40€

Libelle, mensuel de poésie
116, rue Pelleport
75020 Paris
pradesmi@wanadoo.fr






lundi 9 janvier 2012

Dérive

Il s'est éveillé l’œil au ras des eaux orchestre.
Rien n'y marque la décennie, le siècle même.
Combien de jours ? C'est le temps sourd et buté de la dérive. Le ciel est ouvert comme une traînée d'enfance. Il n'y a pas d'ombre ici, rien que la brûlure. Et dans ce paysage indéchiffrable qui est un grand pays, tout est dangereux.
Des yeux lavés. La peur crue.
Comme lui, tout contre lui, des éclats de drame venus de terres diverses. Femmes, enfants et hommes, rejets rebonds de la taille directe jusqu'à la mer, des ombres fabriquées par des costumes et des treillis.
Invisibles, à découvert et bientôt nus sous une main plus grande que le vent. Ils scrutent ces plaines sans visage. Que savent-ils des épines qui jonchent l'autre rive ?