lundi 31 décembre 2012

pièce n.05: cargo sauf



Elles avaient toutes une lame à la main et s'en servaient couramment, l’air de ne pas y penser.
Je suis parti.
J'ai mis l'eau entre moi et les morsures. La rue est loin. Depuis le pont, la nuit a cette épaisseur d'huile et d'argile trempée dans laquelle je nage. Le soleil n'a pas d'imitateurs. Les voix sont autant de bris de verre, qui meurent avant d'avoir pu toucher les premières peaux que l'eau porte.
Je ne sais pas qui est là, tout autour, combien de convalescents comme moi. Sans que je connaisse ma position précise sous le ciel, sur une note profonde, le cri de l'orphelin qui rallie la surface de son corps translucide, j'appelle l'avarie des hélices.

Comment lire cette nuit mouvante, ce cœur sans parois qu'est la mer sous mes pieds ? Pour moi seul comme pour mes frères blessés, j’appelle l’avarie des hélices