jeudi 14 février 2013

Publication dans la revue Landes

Publication de sept poèmes dans le numéro 1 de la revue Landes, dirigée par Aymeric Brun.


pièce n.08: glissant


Joue de fille cette image. La chimie qu’on plaque sur nos ancêtres et les totems adoptés.
Même sans couleurs, je sais que leurs arbres sont doux. Je m’invitais, je paressais près du grain. J’aurais voulu, comme l’Autre, infuser des soirs de Crimée. Croire aux machines, croire à ces tempes de coléoptères, quand les corps de métal n’offraient rien d’autre que leurs corps de métal. Faire aux mécaniques des gloires en affiches, en cris. Et penser ça près de l’eau sans reflets, les cabanes aux alphabets étranges. Et le sourire, à un bras de là, l’épiphanie, une feuille, elle.
Oui, près de l’eau, le couchant n’est plus fauve. Près de cette eau qui joue ses silences comme personne, et le feu qui rie de ma maison. Et l’on s’étend. Et l’arbre qui ose. Et la nuit sur le courant amènera autre chose que la nuit, autre chose qu’une huile où crépitent ses plus petits passagers. Un chemin de l’attente parfaite.

mercredi 13 février 2013

pièce n.04: circuit fermé

Le sang ne passera pas la porte
le chant cristallin ne passera pas la porte
la neige au-dehors le théâtre des eaux coincées dans l'enfance amené jusqu'aux plus silencieux de tous
mais sans rails luisants
sans île en vue ni même sur les cartes
je les vois
le peuple des impasses
ils ont attaché à leurs hautes maisons des câbles
ils vont les tirer jusqu'à la mer dessertie
car elle a ses lecteurs
ils vont défaire les rues
dans le barillet du revolver des pigments chavirés

dimanche 10 février 2013

pièce n.07: les plaies mineures

Rien ne recoud l'échappée
des fuyards
des agitateurs
forment l'orchestre clandestin qui m'accompagne
j'ai là tout contre moi
ce rouage aux saisons capricieuses
des tessons charriés dans un courant immuable
une plaie

Allongé, à couvert,
j'entends passer le cortège de l'hiver
les arbres sacrifiés
sur le chant de la terre nue, les yeux clos
je ne veux pas m'accrocher à ses pas
il ne faut pas qu'il me trouve
et ranime ces flammes que j'ai là, dessinées sur le corps
je me cache de cette nuit qui avance masquée
messagère des effluves armes blanches, chiens fous retenus dans la nasse du souvenir
j'ai tenté d'étourdir ces départs de feux
emmené ma peau à la vitesse d'un train
exotique
j'y ai apposé de grandes plaines rouges
des flancs ouverts
et vertigineux
là, mes semblables croisaient au large
chacun sa menace sourde
à même l'écorce
qu' un jour empêché de pluie réveille brusquement
je processionne
et ploie un peu sous les fleurs suspectes que libère le corps
des plaies
des plaies mineures
qui revendiquent un volcan pour père
et voisinent mon souffle à jamais

pièce n.02: sans titre


La révolte se fit dans l’île. Personne. L’amas brut outragé. Recoiffé grassement des reflets que le peintre sut voir. Aucun espoir mais des vomissures, et quelle nuit dans chaque voyageuse ! Les roches et quelques mollusques finirent par jeter, péniblement, un manifeste vers les hauts fonds.
C’est ridicule pensai-je. En regardant de plus près, je vis que tous avaient un visage. Mêmes les pierres. Des visages d’adultes, naïfs comme des adultes.

pièce n.03: le blâme


Très vite, je fus fou. Je riais en dînant seul. Parfois venaient des gens. Le plus souvent des personnages de romans russes que j’avais rêvés. Ils passaient la tête un instant, à l’autre bout de cette auberge viride où j’étais. Le feu jouait pour moi. Comme on est loin des moissons de nuit.
Et je ne connaissais pas les dernières mécaniques. Certaines cachaient leurs rouages, le raffinement suprême. Il y avait ceux qui portaient sur eux les voix des autres, comme j’aurais tenu un oiseau dans ma paume en jardin. Ceux-là étaient les plus aimés, on leur donnait toutes sortes d’empires de langues, de tables et de lampes, et chacun tenait son petit ruisseau par la main.
Moi j’étais imprécis. Je mesurais mal. On voulu me guérir. Et je m’épuisais en rire, sans miroir, un crime ! Je ne partageais aucun vide. Il fallut m’enfermer.