mercredi 5 juin 2013

pièce n.18: chaque arme au doute


Je veux fendre le verre sans entailler l’ennemi. Au début, je ne savais pas, trop peu de rues, j’ignorais jusqu’au sang. Votre foyer vous le dit bien assez tôt, et par votre mère vous mettez des visages sur une explosion. 
La poésie précède la révolution.
« Mais non, tu ne sais toujours rien ! Ouvre ton torse, saisi les échos, c’est comme un lac vénéneux, et davantage ! Vois les gemmes en miroir, le phosphore que tu y mets, comme au feu roulant. Une vraie machine ! Mais tu es seul, ce sont toujours tes yeux, tes yeux seuls, même frottés des coraux.
Pour bouleverser, que casse vraiment le jour, tu dois lier les deux hémisphères. C'est-à-dire que tu dois détruire l’aimant, et en fabriquer un tout autre. Et il n’y a pas d’autre forge que tes cheveux épais de colère, méduse.
Vois l’Histoire. Et écris, même otage.

Aussi je ne t’en veux pas de préférer ton cri sourd, car rien ne chavire vraiment sans le matin blême de la chair outragée ». 

 

lundi 3 juin 2013

pièce n.13: la raison du groupe

Le drapé d’arbres encore trouble et cendré. Les plantes épaisses ont les atours d'une cache.
Je m’approche.
Quelques pas suffisent à lisser le grain de silhouettes affairées.
Je distingue leurs visages. Ils couvrent tout le spectre de la modernité. Ils sont penchés sur un corps inerte, une ombre noire étendue sur l'ombre verte acide. Et des yeux, les gouffres sans appétit de l'air.
Ils versent sur son front des torrents de propos logiques. Des chiffres aux visages de pluie et des raisonnements convergeant telle une flotte militaire.
Ils ne sont pas armés. Les mains vides, habillés de la manière la plus banale, ils peuvent faire taire les arcs électriques que l'on a dissimulés sous nos manteaux. Le goût de machine, le métal et l'arbre d'une administration sont convertis en brefs vols suaves. Des conciliabules.
Et puis ils sifflent la fin du rite, lancent un incendie depuis le corps et quittent les lieux.

Ils m’auront ainsi, un matin comme celui-ci au ton égal et neutre. Je n’ai pas de cache. Les journaux diront que c'est l'heure de la paix la plus tendre. Et toujours pas de drapeau précis dans la main de l'ogre.