samedi 16 novembre 2013

pièce n. 27 : genèse

J’ai été engagé sur un chantier. Un bâtiment d’ampleur indéterminée, chaque jour nouveau était l’échelle. La tâche était simple, il nous fallait disposer des briques - aveugler l’air nu çà et là - puis veiller à leur silence définitif pour écrire la ligne suivante. Il y avait du sang, de l’exil, les remous d'un cri figé butant sur les os, et finalement une glaise rouge et rare.
Sous la main froissant les cartes sortent des pleurs en procession. Le travail entrave ces pleurs. Mes frères clandestins, harassés, dormaient avant le soir sur des bouches instables.
Très vite j’eus le sentiment que l’ouvrage n’avait pas de point de fuite. Il nous emportait tous.
Et c’est toujours ainsi. Pas de maître apparent mais l'édifice fait chaque jour un pas de pays.
Cherchant à défaire le cercle, j'interrogeais mes camarades. Le tout premier chantier sur cette terre a nourri entièrement le second. Si l’on soulève la toute première des briques, que trouve-t-on ? Le corps d’une femme dans le sang des origines.