samedi 27 décembre 2014

pièce n.60: passager

Il est assis au bord du lit.
Il ne peut pas se lever. Il se tient le flanc droit.
La fenêtre est entrouverte, le fleuve mécanique et ses fauves réguliers de l’autre côté.
Sa propre respiration s’est établie sur la montagne de la respiration de la ville. Il fait sans doute chaud, et humide. La peau traite directement avec cette nuit.
Le poison de chaque minute gonfle un sac increvable.
Un matin où le lait gouttait lourdement de toute part, quelqu’un n’ayant rien d’un prédicateur lui avait dit qu’ils vivaient sur un golem affranchi. Il ne comprit pas.

Plus tard, dans la rue, il marche difficilement et se tient toujours le point où tous les yeux du corps ont convergé. La douleur est comme un sifflement pressuré.
Pourtant cette chair, précisément, la ville le sait, aucune lame ne la connaît. Lui y pense comme à un château fortifié.

Intérieur nuit. Les rideaux sont tirés sur le monstre.
Il est de nouveau assis. De ses côtes, il y a comme un départ d’oiseaux. Il finit par soulever son habit.
Un buisson est là.
Un buisson a poussé là, poursuivant les os et le sang et la chair. Agité doucement d’une brise personnelle, il a cette danse contenue des algues dans le ventre muet de la mer.
Depuis combien de temps le porte-t-il ainsi ?
Il croit reconnaître le cliquetis du chien d’un revolver dans l’horloge face à lui.
Il pense que son passager découvert menace comme l’averse.
Il ne sait que faire. Et la fenêtre de la chambre va s’opacifiant.

samedi 6 décembre 2014

pièce n.58 : atelier

Quand un arbre tombe, il renverse ta nuit et tu crains que ses frères ne le suivent et tu ne peux pas replonger dans le ventre antique du sommeil.

Ici j’ai vu des corps brisés par la nuit, avalés par elle, rendus diaphanes. Ils n’avaient pas compris qu’au bout des pieds s’ensuivent des racines, pleines de sel et de cris.

Au matin j’observe de ma fenêtre les petits immeubles de faubourg qui font face. Leurs veines sont noires, ils pleurent. Ca y est, la grande restauration du sens magique est commencée. Il est temps que l’homme puisse voir le prolongement de ses jambes sous la terre.
Aujourd’hui nous allons libérer cette autre ville assiégée qu’est le ciel d’ici. Faire taire les siècles entiers d’ailes toilées et de tubes à essai. Je pourrai danser sur les petits monticules où dorment ces folies, danser sur la terre nubile et bientôt demander l'assistance de la pluie.
J’irai en reconnaissance là où les arbres s’annoncent, m’inspirer des forteresses d’enfants, y chercher les marques de celles qu’ils font de tête et de nuit, infiniment plus grandes.
J’étudierai. Après l'oreille à l'écorce, après la couture des mousses, nous aurons la liberté d’inventer. Entrechoquer des ossements et donner un nom, un sens à cela. Faire des signes et des symboles. Et lire dans les fumées vacantes.
J’ai déjà décidé de lever trois colonnes rythmées, surmontées de la tête des animaux tutélaires.
J’ai beaucoup travaillé l’argile. Les statuettes sont cuites sous une langue inconnue. Puis couvertes de morceaux d’étoffe, car elles sont faites de veillées et de chants qui brûlent nos doigts.

Avec le temps et de partout viendront sans musique des êtres de bois, de plumes, des hommes doublés d’animaux communs, les cheveux peuplés. Ils vont produire des accidents de fumée. Un chamane peut s’inventer ainsi et sans sourire. 
Nous n’allons tuer personne.

mardi 25 novembre 2014

pièce n.64: journal des invisibles

Un orage est annoncé. Bien sûr il ne pleuvra pas, la plupart ne sauront rien. Il y aura quelques chutes de pierres, très venimeuses et très précises. Qui les verra ? Qui les dira ?
Des grains de sable des sacs de sable des collines entières de ce sable et des poumons dans chacun des grains, poussés par un vent qui n'est pas le vrai vent, portés par une mer qui n'est pas la mer véritable, et qui saignent et rêvent et se souviennent.
Certains s'écroulent dès qu’ils quittent l’ombre. Et lui, qui est passé, qui marche maintenant à côté de toi, qui le matin hisse le même ciel que toi, il a peut-être sur le dos, sous sa chemise, un incendie encore vociférant. Il te dira son nom mais tu n'entendras pas. 
Leur silence, des pierres aiguisées qui me passent dans le sang. 
Cette époque, comme ses sœurs, contient des yeux ailés qui s'attachent à nos épaules, à nos pas. Un drap couvre mon immeuble. Il détourne ce grand vaisseau empli hommes qui ont choisi de fermer leurs yeux intérieurs, rôdent sans cesse et mordent dès qu’ils le peuvent. Ce drap je crains de le voir retiré. Une main aveugle tatouée de chiffres et de bribes de discours peut faire cela. Nous serions nus alors, dans notre peur cuite, cette flaque intérieure dont nous avons fini par prendre les contours.
Alors, pour éviter la lueur qui brûle les murs des maisons resserrées, fouille les voix éparses de la rue, cette mauvaise lueur, nous allons nager dans le noir de fumée, dans la chaleur d’une chronologie troublée en rêvant sans cesse l’autre rive.

jeudi 30 octobre 2014

pièce n.59: sans titre

Un corps est sur la table, vidé de lumière.
J’ai peine à le reconnaître. C’est le passeur qui négociait mes aubes.
La nuit a pris ce corps mais ne l’a pas couvert. Son argile est retournée à celui de l'enfance.
Il y a comme un cierge au-dessus du visage, à l’endroit du souffle. Je vois des djinns dans le bleu de la flamme.
Le crépuscule était une fièvre verte, la veillée d’un enfant malade, le front comme un galet de cire.
Il ne m’aidera plus.
Il y a dans le chant de la terre des bris de verres qui dérivent. Personne n’est plus là pour me couvrir les yeux. Personne pour défendre le pain de mon sommeil. Il faut rallier seul les clameurs et les plaintes qui montent d’un puits.
Le silence ce navire c’est la nuit même qui vous prend, comme une infinité de plantes s’accrocheraient à votre corps.
Fuir et passer ce haut mur.
J’atteins le jour. Et là, tu le sais, tous savent, d'autres lames sont spécialement disposées dans l’air.

lundi 8 septembre 2014

                                                              Acte 1

jeudi 4 septembre 2014

pièce n.52 : vrai sommeil

Les arbres ont fait descendre leurs yeux dans les racines.
J’étouffe
les rues se resserrent comme dans un sac. Nœud coulant. J’ai vu qu’on livre les soupirs de la terre aux brûleurs. L’air se dénude, j'entrevois ses cicatrices de mille ans.

Un jour, à genou, j’ai plongé mes mains dans la terre. Je les ai retirées bien vite, tant d’enfants y dormaient, tant de verre brisé. J’ai su qu’il fallait tout ralentir. Respirer plus grand. Effleurer autant que possible, à commencer par la mère commune. Je veux pouvoir partir sans que l’on ait besoin de me coudre la bouche. Que la terre m’accueille comme un ambassadeur valable. Son silence est celui d’un puits, pas d’un caveau.
J’essayais plusieurs fois de m’allonger parmi les pierres, de m’endormir dans la flaque d’un chemin de ferme, glacée, rattrapée par l’ombre. Je n’étais pas prêt. La faim le froid m’ont trouvé bien avant le silence.
Je persiste. Dès que j’aperçois une personne endormie, je cours vers elle, soulève ses paupières et cherche à me glisser dessous. 
Si l’occasion se présente, je plongerai dans un caillou inhabité, comme dans un lac, de ces cailloux qui composent une ville de leurs semblables. Œil unique, je remonterai parfois respirer à la surface polie de soleil.  
Je veux me secouer de ces ruines qui me tiennent éveillé.

lundi 4 août 2014

pièce n.61 : le chantier contrarié

La nuit fermée comme le poing, je ne peux pas hurler à la lune éruptive et par-dessus les murs d’un pays.
J’ai vu comme les familles glissent des toits, se brisent comme les tuiles se brisent, jusqu’à ce que la police n’ait plus faim.
Nous sommes deux plantes et l’on s’entraide. Si le vent venimeux te trouve, je suivrai. Le matin d’un fracas, tout de graines transformé, je suivrai ton arc serré, peut-être dans un drap de fortune mais il n’y aura pas de sang.    
Le soleil, je dois vérifier que l’on puisse toujours y boire, qu’il parle à la peau sans contrainte. Le reste se passe sur des cartes, des casquettes à l’encre à l’eau noire prennent des décisions comme des lames. 
En attendant, une eau sans pitié monte parfois jusqu’à mes yeux clos. Tu m’as précédé, tu sais déjà respirer en dessous. Elle a pris le temps de couvrir ta bouche comme un linceul gras épais de pétrole, mais elle n’a pas gagné.
En attendant, nous devons être souples. Ce n’est pas le ciel le soleil qui peuvent mordre nos fronts, mais un courant aveugle. Il suit des coordonnées exactes, ras le sol.
C’est une meute qui n’aime pas l’exil.

Je touche ton épaule dans le noir. Je sais le bandage sur tes ailes. Le feu qui te manque, je m’efforce de le reconstruire sur un autre versant. Mais je comprends et ne mentirai pas. Quelque chose est dans ta paume que je ne peux réparer.

mardi 1 juillet 2014

pièce n.36 : suite syncope cadence

Je me suis éveillé,
Je me suis levé,
Je me suis habillé,
J’ai pris l’autobus.
Je ne me suis pas levé, je ne me suis pas éveillé, je suis resté tapi.
Un autre jour je me suis vu éveillé, je perçais la fumée, je prenais l’autobus et je voyais par la fenêtre… mais non je n’ai rien vu, je n’étais pas dans l’autobus, je n’étais pas même sorti de l’écaille, j’étais étendu.
Et me tenant depuis le radeau, j’étais à mon burin sur la ville avant que le matin ne sèche. Je n’ai pas ouvert les yeux.
Le lendemain au sortir du torrent je me levais je m’habillais avec soin je me dirigeais vers l’autobus une lame en travers de la cuisse. Je regardais le lavis de la ville soumis à des marées mutiques. Et j’allais… non je n’allais pas, j’étais resté ce point muet sur le repaire, je n’étais pas même dans l’autobus, je ne m’étais pas habillé, je ne m’étais pas levé, je ne m’étais pas éveillé.
Je suis penché sur le reste de la pièce que ronge et ronge et ronge encore le levant ; il  s’y glisse odieusement, il me prend mon île. Il a le rouge, il a tout l’or. Je me penche comme depuis l’enfance, et son eau gagne.
Ca y est je suis éveillé je vais me lever m’habiller avec soin prendre l’autobus puis dans les sillons je sentirai l’onde lourde des chaufferies souterraines et le soir admettra mon refuge.
Ca y est je perds mon ile.

pièce n.37 : feu mourant

Depuis trop longtemps tu jouais leur argile. Aussi, tu as brisé la vitre. D'autres ont fait de même, et d'autres étaient lancés déjà, des braises plein la bouche. Tu as gagné les toits et l'attente a commencé.
Dos contre dos, de toits en toits, essaimés au gré des éclats de verre, du sang de chacun qui se dresse comme le cobra.
De nouveaux musiciens avaient à portée de main l’étoffe, l'essence et le flacon pour forcer les yeux les oreilles passer les briques abattre des pans de plastique aspirer les écrans que prennent ces frères et sœurs pour se couvrir.
L'émeute dure, elle est deux ou trois temps en dessous de celui de l'hymne de la cité. Rien de visible. Tu t'es abrité derrière un muret de surplomb, tu y as creusé un peu de sommeil. L'haleine de la ville a déposé à ton épaule la tiédeur des yeux qui t’ont vu grandir. A quelques rues d'ici, ces yeux sont sortis par tous les cris mordus de la maison.
Ta place est ici. Ils comptent sur le lait pour te ramener. Mais tu sais que dans leurs mains, il a déjà tourné au poison.

L'attente.
Malgré vos efforts, la pluie vous a suivis de ses cendres. Vous avez veillé. Les lames s'émoussaient et vous avez regardé, impuissants, ce courant passer dans vos mains.

La ville avait son plan, inchangé. Noyer la crevasse, que tous les chants affleurent.
Tu as vu les feux quitter peu à peu la nuit, et la ville se secouer furieusement de vous comme le lièvre acculé. Et l'aube était trop forte d'usines, et la sueur a commencé à peser et cesser de te porter. Le morceau de bois saillant que tu as tenu si fort la nuit entière diminuait dans ta main, il ne te répondait plus, alors tu as jeté au loin ce serpent mort.
Comme des enfants honteux vous avez quitté les toits. Les vêtements réglementaires ont voleté puis se sont déposés sur vous, sans rien savoir de cette nuit infidèle. Et vos pieds vous attendaient, puis des files, et finalement vous avez précédé les premières sonneries, les presses et rouages aux yeux clos. Et je sais que tu as pleuré, mangeant tes larmes pour ne pas qu'elles livrent certains mots.
Échoué sur la chaîne, épaule contre épaule, tu essaies de penser aux jours prochains, à la peau neuve qui ne se laisse pas arracher.
C’est une lutte de sourcier intime, et j’ai le sentiment que le vent continue sous la terre.

mardi 24 juin 2014

Publication sur Nerval.fr

Publication de sept poèmes sur Nerval.fr. 
http://nerval.fr/spip.php?article146

Nerval.fr est un magazine fictions et littérature en ligne fondé et édité par François Bon.
http://nerval.fr/




lundi 23 juin 2014

pièce n.51 : l'époque

Je fais l’expérience d’un appartement.
La nuit seule.
L’appartement est vide, immense. Tout est bleu noir, les murs sont des murailles blanches faites pour les ombres. Ils filtrent le pétrole de ces heures-là.
C’est un appartement somptueux, les meubles laissés là sont effleurés. C’est une cache.

Ceux qui se tiennent ici sont comme nus. Je suis avec eux, le front barré de plusieurs nuits de palabres la langue sous d’épaisses couvertures.
Ils sont en fuite, je suis avec eux. J’ai pris ma place parmi les accroupis, un costume en coupe de cendres et d’aube, comme les autres. Ils ne m’ont rien demandé.

Aucun n’appuie son dos au mur car les parois s’arquent et s’élancent. Le plafond est de plus en plus loin. C’est la dernière défense de l’appartement.
Nous faisons face aux fenêtres hautes, nous faisons face à l’époque. Le vent soulève les rideaux en vagues régulières. Je crois que les murs ont fini par prendre les visages. Le vent leur traduit la nuit. Elle est pleine de vigies, les automobiles passent comme les fauves passent, les phares apposent régulièrement leur pastel cru sur les façades.
Ainsi leur monde est proche et je cherche un refuge.

Je fais l’expérience de cet appartement. Il est comme ensablé, la nuit perd de vitesse en passant les fenêtres.
Ils scrutent l’ombre. Ils connaissent l'idée de frontière, pour eux ce n’est pas un ruban à l’envers du crâne.
Je ne crois pas en cette nuit-là. Je sais qu’elle ne couvrira pas l’écho de nos souffles. Je sais qu’elle veut que l’on soit pris.

lundi 12 mai 2014

mardi 22 avril 2014

pièce n.46: au signe muet

Je les ai vu s’affirmer lentement sur le fil. Le vent descendait en boucles longues, se refermait sur le peu de leur bruit.
J’imagine un village aux sources, à quelques feux de là. Un village pareil aux autres, au bas, et qui cette fois a servi d’arc. Les planches noires et gorgées d’eau bardent des rues confidentes, des lits ; les planches noires comme un défilé convergent vers le groupe. Là, ils se sont concertés.
Le jour se penchait du toit. Eux grandissaient. Les senteurs vides étaient graves et les chiens, tout à la joie de la route, croisaient décroisaient les eaux lignes.
Les pentes rejouaient la mer, respiraient plus lentement qu’eux, couverts et découverts aux arrêtes comme se trouerait le ciel. Pas de signe à l’avant.    

Et puis,
Ils sont tombés.
La terre s’est refermée sur eux. Toutes les pierres sont de dos et je ne suis plus sûr de ce que j’ai vu.
Ils sont tombés, ils ont disparu. C’était hier ou ce matin. Que suivaient-ils ?

mardi 8 avril 2014

Publication dans Le Capital des Mots

Publication des trois poèmes ("Genèse", "La rive aisée", "Je suis des Portes") dans Le Capital des Mots.
http://www.le-capital-des-mots.fr/2014/04/le-capital-des-mots-gabriel-henry.html



Le Capital des Mots est une revue littéraire animée par Éric Dubois.
http://www.le-capital-des-mots.fr/

mardi 11 mars 2014

pièce n.45 : cet accident

Sopor comme en cellule.
Plus tard, il est venu me chercher. Escaliers, ombres hachurent.
Derrière la porte, le soleil frappe et rien d’autre. Dehors est sans secours, dehors brûle endormi.
Il me jette nettement, il me demande de tuer le chien.
Il s’agit d’entamer l’équilibre au couteau. Le chien est là, qui ne se méfie pas. L’astre sait. Tout autour, s’étend l’Amérique insue que mes doigts ont puisé à mon front.  
La porte claque sur sa demande, tuer le chien.
Je respire mal, je vois le chien qui tourne, je vois sa mâchoire comme une pièce d’usine insatiable. Il ne se méfie pas mais sa mâchoire a pris l’élan d’une presse.
Je respire mal, je vais porter atteinte à l’air immobile. Le chien tourne sans cesse, ignore cette sorte d’orage. Je le rejoins sur le rictus de l’accident, un peu de nuit mate coule de ma bouche. 

samedi 1 mars 2014

pièce n.41: bords découpés

C'est la descendance des faubourgs, l'estran méconnu, un bras armé.
L’air y est au métal. Les gens longent le cirque comme une rivière obligée, ceux qui désobéissent et savent les angles ombrés ont la lame adéquate et disparaissent aussitôt. Ils vivent ici.
Quelques stades comme semés au hasard, des murailles en miroir, les chantiers s’étendent et s'épuisent, la mer qu’on attendait sans être dupe est repoussée loin, plus loin que la ville d'après, plus loin encore que l'année à venir. Si l’eau est ici, elle combat muette par les soubassements, par les piliers qui ne se lisent que sur des cartes de contrebande.
Je suis d’ici, des Portes.
Avez-vous dormi sur une frontière ? Les matins viennent affaiblis, la nuit sort sans tourner le dos au danger des fins de feux. Les bancs sont des cafés, des lits pour de bon.
Il y a comme une musique de piège. Les saisons sont des miniatures, elles tiennent dans le poing.
Si un visiteur ami vient à passer, je descends tracer à l'avance les rues qui n'existent pas jusque chez moi.
On se saisit des vents contraires, les lignes croisées de ceux pour qui la ville-mère est permise finissent dans nos mains, le cuivre brille et disparaît bien vite dans le sac de quelques chats que la * nuit embrasse. Et sous les entrelacs de ponts dort l'argile incertaine de nos groupes, ils toussent dans un bruit de verre charrié mais ne pleurent pas.
Je suis des Portes, l’enfant des notes injouées.

mardi 4 février 2014

pièce n.36: sans titre

Je les entends monter. C’est ma faute, je les appelle du sang. Ils viennent du réel et s’infusent à la station que j’ai là, au front, en cercles grandissants.
Comme ils rentrent je suis prêt, mon masque juste replacé, un petit masque hideux aux latitudes et longitudes idéalement trompeuses. Un masque assez banal pour la rivière en cours. S'y fondre. Des moyens de fortune pour une époque aux nids d'aigles mutilés.
Ils cherchent, glissent dans toutes les ombres de la pièce.
Je me suis mis à respirer le plus doucement possible. Je prends le train en marche du pouls de la charpente. Faire nager dans les nœuds de bois ses textes de colère, soustraire à leurs rayons tous nos pas contraires.
Ils m’ont trouvé sous les toits, une chambre haute et suspecte, presque une cache, mais puisque mon visage est fondu sur un modèle courant, que l'on retrouve sans peine la filiation d’usine…Ils cherchent encore. Ils ont les atours inchangés de ceux qui ont l’État pour eux.
Ils m'effraient. Car tous n'ont pas ma chance. Car je cache quelqu'un d'autre dans le masque. * Ils ne doivent pas me prendre mon souffle frère, balise lointaine à nue, aux cheveux sans arrêts, 
mon tout petit pays de chair que j’entoure bien facilement des bras et qui a les traits d’une caresse et d’un cri.

mercredi 29 janvier 2014

pièce n.38 : le plan

J’ai commencé déjà couché au ras de l’onde. Plus j’allais dans l’âge et plus mon œil approchait l’eau. L’aimant se laissait voir, j’approchais de mon long sa contre-mécanique, dans ce bruit de tessons solidaires qu’a la mer quand elle se sait loin des regards. Admettons.
Plus le corps vieillissait, d’abord sur le radeau puis sans, plus il s’équilibrait sur l’eau comme pour un grand ouvrage qui marquerait le temps et l’appartenance du corps au présent.
Plus le corps vieillissait d’après naufrage, moins j’étais en droit d’être innocent.
Le ciel azuréen est dangereux ouvert, ouvert sur l’enfance en août continu, c’est un champ magnétique, blessé peut-être. À la nage je suis visible à la brûlure.
Alors que le drame gesticule, le corps va comme accoster à son point d’équilibre.
Je n’ai même pas vu le radeau disparaître, je n’ai pas vu que le ciel mentait sur son poids. La police me cherche. Il s’agit de passer sans un crime au travers des eaux fortes, des pleins wagons d’eau de mer et la dérive s’allonge…

dimanche 5 janvier 2014

sans titre

Sans conseils pour aborder la foudre, je construisis d’instinct mon orgue. Puis, comme l’incendiaire, je me reculai pour mieux voir cette injure à la nuit et j’attendis cet or particulier, l'œil qui peut, dit-on, tanner à jamais ce lac derrière les collines

Elle a jailli, traversant ma jambe
oscillations courses microscopiques danse sans flamme précise
un mouvement brusque et c'est une averse de cendre sur le village
j'ai gardé les yeux fermés
je lai invitée à apprendre par cœur tout l’instrument que je lui avais dédié, à le couvrir entier comme le pays d’un atlas
 je lui ai parlé de ses lointaines lointaines cousines qui, dans toutes les villes, bondissent clignent des yeux tournent leur regard de toute part
enchaînées pareil au fauve qui a un énorme index invisible posé sur ses griffes
Je lui ai demandé de rendre la vue à ses brûlures
car les enfants les animaux donnent sans méfiance contre son sein
comme des feuilles
elle a ri
elle a seulement dit qu’elle voulait parler à la mer 
s'allier
chanter ensemble
immensément dangereuses
elle a ri du bruit de mille cheveux mêlés
à cet instant si tu fais face 
dix années de roches nouées ensemble 
de carrière de glaise 
de chaîne aveugle 
passent sur ton visage
elles te sont volées
il y a quelque chose à voir avec l'âme et le photographe
elle a ri encore
la belle vaporeuse, pleine de lames pour que tu te souviennes
elle a disparu
et je suis resté là tête et bras vers la terre près d'une machine exsangue