mardi 1 juillet 2014

pièce n.36 : suite syncope cadence

Je me suis éveillé,
Je me suis levé,
Je me suis habillé,
J’ai pris l’autobus.
Je ne me suis pas levé, je ne me suis pas éveillé, je suis resté tapi.
Un autre jour je me suis vu éveillé, je perçais la fumée, je prenais l’autobus et je voyais par la fenêtre… mais non je n’ai rien vu, je n’étais pas dans l’autobus, je n’étais pas même sorti de l’écaille, j’étais étendu.
Et me tenant depuis le radeau, j’étais à mon burin sur la ville avant que le matin ne sèche. Je n’ai pas ouvert les yeux.
Le lendemain au sortir du torrent je me levais je m’habillais avec soin je me dirigeais vers l’autobus une lame en travers de la cuisse. Je regardais le lavis de la ville soumis à des marées mutiques. Et j’allais… non je n’allais pas, j’étais resté ce point muet sur le repaire, je n’étais pas même dans l’autobus, je ne m’étais pas habillé, je ne m’étais pas levé, je ne m’étais pas éveillé.
Je suis penché sur le reste de la pièce que ronge et ronge et ronge encore le levant ; il  s’y glisse odieusement, il me prend mon île. Il a le rouge, il a tout l’or. Je me penche comme depuis l’enfance, et son eau gagne.
Ca y est je suis éveillé je vais me lever m’habiller avec soin prendre l’autobus puis dans les sillons je sentirai l’onde lourde des chaufferies souterraines et le soir admettra mon refuge.
Ca y est je perds mon ile.

pièce n.37 : feu mourant

Depuis trop longtemps tu jouais leur argile. Aussi, tu as brisé la vitre. D'autres ont fait de même, et d'autres étaient lancés déjà, des braises plein la bouche. Tu as gagné les toits et l'attente a commencé.
Dos contre dos, de toits en toits, essaimés au gré des éclats de verre, du sang de chacun qui se dresse comme le cobra.
De nouveaux musiciens avaient à portée de main l’étoffe, l'essence et le flacon pour forcer les yeux les oreilles passer les briques abattre des pans de plastique aspirer les écrans que prennent ces frères et sœurs pour se couvrir.
L'émeute dure, elle est deux ou trois temps en dessous de celui de l'hymne de la cité. Rien de visible. Tu t'es abrité derrière un muret de surplomb, tu y as creusé un peu de sommeil. L'haleine de la ville a déposé à ton épaule la tiédeur des yeux qui t’ont vu grandir. A quelques rues d'ici, ces yeux sont sortis par tous les cris mordus de la maison.
Ta place est ici. Ils comptent sur le lait pour te ramener. Mais tu sais que dans leurs mains, il a déjà tourné au poison.

L'attente.
Malgré vos efforts, la pluie vous a suivis de ses cendres. Vous avez veillé. Les lames s'émoussaient et vous avez regardé, impuissants, ce courant passer dans vos mains.

La ville avait son plan, inchangé. Noyer la crevasse, que tous les chants affleurent.
Tu as vu les feux quitter peu à peu la nuit, et la ville se secouer furieusement de vous comme le lièvre acculé. Et l'aube était trop forte d'usines, et la sueur a commencé à peser et cesser de te porter. Le morceau de bois saillant que tu as tenu si fort la nuit entière diminuait dans ta main, il ne te répondait plus, alors tu as jeté au loin ce serpent mort.
Comme des enfants honteux vous avez quitté les toits. Les vêtements réglementaires ont voleté puis se sont déposés sur vous, sans rien savoir de cette nuit infidèle. Et vos pieds vous attendaient, puis des files, et finalement vous avez précédé les premières sonneries, les presses et rouages aux yeux clos. Et je sais que tu as pleuré, mangeant tes larmes pour ne pas qu'elles livrent certains mots.
Échoué sur la chaîne, épaule contre épaule, tu essaies de penser aux jours prochains, à la peau neuve qui ne se laisse pas arracher.
C’est une lutte de sourcier intime, et j’ai le sentiment que le vent continue sous la terre.