lundi 4 août 2014

pièce n.61 : le chantier contrarié

La nuit fermée comme le poing, je ne peux pas hurler à la lune éruptive et par-dessus les murs d’un pays.
J’ai vu comme les familles glissent des toits, se brisent comme les tuiles se brisent, jusqu’à ce que la police n’ait plus faim.
Nous sommes deux plantes et l’on s’entraide. Si le vent venimeux te trouve, je suivrai. Le matin d’un fracas, tout de graines transformé, je suivrai ton arc serré, peut-être dans un drap de fortune mais il n’y aura pas de sang.    
Le soleil, je dois vérifier que l’on puisse toujours y boire, qu’il parle à la peau sans contrainte. Le reste se passe sur des cartes, des casquettes à l’encre à l’eau noire prennent des décisions comme des lames. 
En attendant, une eau sans pitié monte parfois jusqu’à mes yeux clos. Tu m’as précédé, tu sais déjà respirer en dessous. Elle a pris le temps de couvrir ta bouche comme un linceul gras épais de pétrole, mais elle n’a pas gagné.
En attendant, nous devons être souples. Ce n’est pas le ciel le soleil qui peuvent mordre nos fronts, mais un courant aveugle. Il suit des coordonnées exactes, ras le sol.
C’est une meute qui n’aime pas l’exil.

Je touche ton épaule dans le noir. Je sais le bandage sur tes ailes. Le feu qui te manque, je m’efforce de le reconstruire sur un autre versant. Mais je comprends et ne mentirai pas. Quelque chose est dans ta paume que je ne peux réparer.