dimanche 4 octobre 2015

Crépuscule d'un souffle

Les fausses perquisitions vont se multiplier.
La plupart du temps, lorsqu'ils font irruption, il est debout au centre de la pièce, la langue sur le percuteur du revolver.

Mais dehors les oiseaux se déposent comme des gouttes de pluie sur toute chose.

Il ne prend plus part à la houle.
Après peut-être douze ans de lutte la mâchoire a relâché son étreinte. Son souffle est une mine que les derniers fous abandonnent.
Si ses os n'étaient pas devenus des équerres, il demanderait qu'on le pousse, il se mettrait en boule et dirait faites-moi rouler.
Il n'est plus temps.
La mémoire ne donnera pas d'autres fleurs.
Dans le tiroir dort une arme sans destinataire.
Il appelle, le vide s'étend. Personne ne vous soutient sur ce versant, pas même du regard.

Le chat n'est pas le seul à se cacher jusqu'à ce que la nuit et les corbeaux crèvent ses yeux.

samedi 5 septembre 2015

Système

Le corps diminue. Ils frappent.
Il est à terre, très blanc sur les scories, le sol de l'Usine.
Après celui-ci un autre viendra, puis encore un autre, chaîne sans fin.
Ils frappent lentement, comme une foulée de coureur de fond. Rituel ou travail précis.
Ils insultent la peau, par vagues.
Le sol vire aigu, profond. Le corps fait comme un poing serré, refermé sur le cri. Il prend peu à peu toute la lumière autour.
Ils diront qu'il y avait des sirènes, des heures de début et de fin, ils recracheront le rythme de rameur aveugle.
Ils frappent. Le ciel perd de ses étages régulièrement selon les scansions venimeuses.
Le corps décroît encore et encore.
Il prend l'air d'une maison délaissée, que la nature reprend.

Le sifflet est une lame ultime. Les coups cessent. On se détourne de cette flaque trop noire et sans langue.

Peu à peu le corps se dénoue.
Soudain les bras les jambes l'arc dorsal se déploient. Il s'ouvre, fleur mangée de sang. Un miroir remplace entièrement la peau du visage. Personne n’est plus là pour s’y refléter.
    

samedi 18 juillet 2015

Publication dans la revue N47

Publication de cinq poèmes dans le numéro 28 de la revue N47. 





N47 est une revue dirigée par Christian Vogels. 

mercredi 20 mai 2015

pièce n.66: l'avertissement

Je sortis précipitamment. Les deux coups de feu n'étaient pas encore retombés. Autour de la cabane, les herbes familières étaient soudain très hautes. Et bien avant que ne saigne le ciel, les collines s'étaient levées d'un seul mouvement.

Trois, quatre silhouettes, vite bues par les arbres.
Peut-être des orpailleurs. Quelques jours plus tôt, marchant à l'inverse de la parole du fleuve, j'avais dépassé leurs plaies à la terre.
Peut-être ces tigres la foule la ville la plus proche tout ce que j'ai voulu sortir de ma carte.

Ils m'ont retrouvé. Loin des maisons sifflantes, sur l'épaule de cette plaine polie de lune, là où la forêt ne rend pas la lumière, le crime est venu. Ils ont envoyé leur signe le plus cru, la langue la plus sûre.
Pas de cri, pas de cadavre, mais leur passage disait : « où que tu ailles, nous entrerons toujours dans les ombres que tu bâtiras. Nos mains sont déjà dans l'air que tu respires. »
Moins d'une heure plus tard je brûlais tout et je partais.  

mardi 28 avril 2015

pièce n.65: avril 2015

Le bruit de l'arbre que l'on abat est absent de la mer.
Elle a enfoui leurs cris. Je ne sais rien d'eux. Ils sont calmes. Ils ne pèsent rien sur nos nuits. L'époque les a pétris en oiseaux, pris dans la sève stérile du silence.

Je n'ai rien à dire aux vagues à cet instant, et elles ne me parlent pas. Elles charrient les plaies d'une autre race qu'elles et ça n'est pas leur histoire.

Je ne peux pas dénombrer les poings fermés sur le vide. Des corps auxquels manque l'ombre des danseurs. L'autopsie révélera dans la gorge de chacun un arbre de sa terre, calciné.
Les bras le long du corps, face au miroir, je cherche si nous avons dans le ventre des usines aveuglées de suie, je demande si c'était notre souffle de dormeurs sur les départs de feu.

samedi 4 avril 2015

Publication dans la revue Poezia (Roumanie)

Publication de trois poèmes traduits en roumain dans le numéro printemps 2015 de la revue roumaine Poezia. 
La traduction est de Marilena Lica-Masala.
 


dimanche 29 mars 2015

pièce n.63: cheval de frise

Une eau grasse remplace l'air. La ville tout entière comme un repli de peau cendrée. On n'en sort pas, ou bien blessé, mis à nu.
J'ai rôdé là où Elle s'affaiblit. Des plaines immenses et bétonnées, des promenades de maison d'arrêt où les machines piétinent, où la nuit est salie de lumières.
Les halos rejoignent des solfatares de fièvre. Certains néons servent à isoler les roseaux contraires, nous. Les portes sont dissimulées. Et le bruit des moteurs suffit comme sentinelle.

Cette sorte d'usine a faim de trop de sang. Il nous faut gagner là où les pierres sont libres. Nous n'avons pas de carte mais nos pieds trouveront la crème épaisse des herbes hautes.
Organiser notre fuite. Ce sera dans et malgré le métal de l'aube. Soleil adulte il est trop tard, je travaille sur ce versant du jour et de la foule qui font de moi un presque chat.

Partir, abandonner ses coffres et les machines qui se mettent entre la peau et les choses. On peut craindre le froid de la vraie route. Mais celle que j'accompagne a des champs magnétiques qui prolongent ses veines.

lundi 16 mars 2015

pièce n.62: sans contours

La ville sans faunes a chassé la ville à couteaux tirés.
Hier j'ai éteint l'avenue familière, des ciseaux sous les paupières. Déjà dans le voyage du sommeil les figures hurlantes les incendies motorisés faisaient le travail du pollen sur un autre versant.

Cette ville-là est neuve pour moi. C'est une carrière de craie mutilée que le soc du temps ne touche pas. Elle s'organise autour d'un port impénétrable. Les cargaisons de climat blanc s'infusent à peine débarquées. Je ne sais des appareillages que les grandes peaux mortes que l'on achemine vers les quais. Elles couvraient des formes inconnues.

Je cherche en vain les bras refuges des racines émergées. Les silhouettes que ma seule voix plonge dans la nuit ont le visage cousu de signes magiques. Ils vont chasser, ils pêchent, ils tournent les pages du ciel sans effort.
La mer ici n'est pas une confidente. Je l'aperçois de ma fenêtre, suspecte car elle ne se secoue pas de ses pastels gras.
La centrale électrique, condamnée, contient encore des bruits d'ailes. Les nuages sont des pierres. Les journaux passent dans le ciel, illisibles. Un index et un œil habillent les brumes et se partagent les rues. C'est l’imitation de sommeil qui a cours ici et tient toutes les administrations.
Organiser un accident, prouver que la ville est exsangue. Hier est une autre. Hier encore il était temps de négocier avec la lumière. A présent tout est dans le piège à loup d'une aube sans contours.