dimanche 29 mars 2015

pièce n.63: cheval de frise

Une eau grasse remplace l'air. La ville tout entière comme un repli de peau cendrée. On n'en sort pas, ou bien blessé, mis à nu.
J'ai rôdé là où Elle s'affaiblit. Des plaines immenses et bétonnées, des promenades de maison d'arrêt où les machines piétinent, où la nuit est salie de lumières.
Les halos rejoignent des solfatares de fièvre. Certains néons servent à isoler les roseaux contraires, nous. Les portes sont dissimulées. Et le bruit des moteurs suffit comme sentinelle.

Cette sorte d'usine a faim de trop de sang. Il nous faut gagner là où les pierres sont libres. Nous n'avons pas de carte mais nos pieds trouveront la crème épaisse des herbes hautes.
Organiser notre fuite. Ce sera dans et malgré le métal de l'aube. Soleil adulte il est trop tard, je travaille sur ce versant du jour et de la foule qui font de moi un presque chat.

Partir, abandonner ses coffres et les machines qui se mettent entre la peau et les choses. On peut craindre le froid de la vraie route. Mais celle que j'accompagne a des champs magnétiques qui prolongent ses veines.

lundi 16 mars 2015

pièce n.62: sans contours

La ville sans faunes a chassé la ville à couteaux tirés.
Hier j'ai éteint l'avenue familière, des ciseaux sous les paupières. Déjà dans le voyage du sommeil les figures hurlantes les incendies motorisés faisaient le travail du pollen sur un autre versant.

Cette ville-là est neuve pour moi. C'est une carrière de craie mutilée que le soc du temps ne touche pas. Elle s'organise autour d'un port impénétrable. Les cargaisons de climat blanc s'infusent à peine débarquées. Je ne sais des appareillages que les grandes peaux mortes que l'on achemine vers les quais. Elles couvraient des formes inconnues.

Je cherche en vain les bras refuges des racines émergées. Les silhouettes que ma seule voix plonge dans la nuit ont le visage cousu de signes magiques. Ils vont chasser, ils pêchent, ils tournent les pages du ciel sans effort.
La mer ici n'est pas une confidente. Je l'aperçois de ma fenêtre, suspecte car elle ne se secoue pas de ses pastels gras.
La centrale électrique, condamnée, contient encore des bruits d'ailes. Les nuages sont des pierres. Les journaux passent dans le ciel, illisibles. Un index et un œil habillent les brumes et se partagent les rues. C'est l’imitation de sommeil qui a cours ici et tient toutes les administrations.
Organiser un accident, prouver que la ville est exsangue. Hier est une autre. Hier encore il était temps de négocier avec la lumière. A présent tout est dans le piège à loup d'une aube sans contours.