samedi 6 février 2016

vers la poussière

La pierre est blanchie au feu sans mélange du jour
le pont d'un navire immobile
au bord, l'escalier
une plaine lancée là
a enfanté
peau crue sous l’œil terrible
le jardin a ses guetteurs touchant le haut des marches
les premiers signes, les sagaies
dont il sent les pointes dans son sang
sur le bout de sa langue
et l'ombre de ces tours déjà l'enveloppe
l'éclaireur passe les portes de la ville antique
ses yeux commandent des floraisons
encore et
encore
au bas
volant au chat son rythme injouable
il contourne le puits dormant
les veilleurs, visages noués, visages traversés de formules magiques
prodiguent des refuges d'eau
il avance
glisse sans heurts
il descendrait vainqueur vers la mer
l'animal cérémonieux
un nuage d'yeux complices le suit
quand d'autres élèveraient bien vite des toits et des murs
il avance
bientôt il nage dans les herbes hautes
la dépouille émeraude le porte et le perd
à la surface de son corps brusque comme le vent
ce pourrait être l'haleine immense de la nuit
cadavre incessant
mer dissimulée
il flotte
il se retourne
les bruissements s'éteignent
ce visage
c'est moi
avant que n’œuvrent les ronces
l'iris frappé d'or
ce petit corps
c'est moi
projeté aveugle
à vos côtés
dans ce fleuve vers la poussière