dimanche 27 mars 2016

manifeste dans les rides de l'eau

Comprenez-moi Monsieur le juge
je n'ai rien initié
un matin
la plaie était là
juste au-dessus de moi
sa dentelle
ses bords nacreux sur la peinture vierge
étaient déjà terribles
je la fixe
elle m'appelle
alors vrai, je me laisse prendre
mon corps soulevé se distend dans un rayon indicible
trop souple car sa sève glacée
Monsieur le juge, cet œil fané m'aspire !
Je me détourne de siècles entiers sans la caresse du jour
les gorges biseautées, le linge claque, il est nu, le vent y crache
les champs magnétiques font des dos de chat pour ne pas même nous effleurer
on se débat on nage dans des silos
on crève de ce poivre que laisse la décrue de nuit
les pleins et les déliés bafoués du visage pèsent le poids d'une ville immobile
auscultez-nous
le fruit de saison manque tant qu'il creuse
évide la cage thoracique
tout le corps vire aux sarments stériles
sous la poupée de terre cuite
maintes fois assiégée
maintes fois recollée
les flammes ne dansent plus
les murs cachent d'autres murs
le coup de pioche absurde dans les ombres stagnantes
et puis la rage sèche
la bave se coince dans les entrelacs
les derniers clapots s'éteignent avant de pénétrer nos cercles
ma parole ce sont des cercles de feu qui nous vêtent
la glaise brûle la paupière close sur la mare brûle
alors comprenez-nous, comprenez-moi
on se laisser amener
la plaie me tire comme une bête
je la désigne comme mon lieu de naissance.

Je vous le dit, Monsieur le juge,
si de nouveau par chance ce monde s’égratigne à l'aplomb de mon corps caisson
je n'hésiterai pas
je coulerai muettement vers la bouche inopinée
et cette fois elle m'embrassera
elle me mangera
j'aurai l'air de dormir, Monsieur le juge,
prêt à couper votre bras
je fonderai sans remède.

vendredi 25 mars 2016

lundi 7 mars 2016

Un matin, j'ai découvert cet article qui nous était consacré :

MAUVAIS SANG

Ils sont d'un mauvais sang
ils ne saluent pas
le dos tourné à la procession
ils crachent à l'éboulis de sa musique roide
quand ils parlent entre eux c'est un feux qu'ils couvent et dissimulent
et nous voyons leurs lèvres remuer mais n'entendons que le vent dans les arbres

Ils sont quelques-uns ainsi
lovés dans les interstices des vieux murs
gardant une maison secrète, accroupie et bouillante

Ils inquiètent
Beaucoup les soupçonnent d'avoir dynamité des idoles de plastique
pures et lisses pouvait-on lire dans les communiqués
eux, l'eau trouble
eux
qui disent nous en parlant des arbres
les presqu'aurochs, crevant l'asphalte
attaquant les machines, faisant tomber les grues
quand les premiers trains ont glissé vers la mer
ou au bas des talus
les lampes ont convergé
un cercle s'est fait
des cris des cris des cris
mais les cages finissent par fondre
et puis ils sont tous les autres
ils s'immiscent avec le masque du silence
puissamment
les charpentes et les colonnes défaites les vols les coupures de courant ont continué
troublant le sommeil gras qui flotte par-dessus les maisons sages
leurs chants bavent et moussent comme les nuages
puis gisent plus tard à nos pieds
avec les autres brûlants stigmates de la bataille
Ils sont le mauvais sang
la musique intraduisible
et quand il s'agit d'approcher le Courant
ils savent rester fièrement des enfants poussiéreux.
« Nos trajectoires arythmiques effraient. Tant mieux !
Nous marchons de la sorte, en respirant sur vos hébétudes »
affirmait récemment l'un d'eux.

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