dimanche 5 novembre 2017

Fin de nuit sur ta cage


Porte claquée
au coin, derrière la vitre de l’étal
les têtes de moutons te giflent,
mais pas assez pour que tu les abandonnes
renverses le tout, fasses le verre gémir
tu marches
aux lueurs sans tambours
tu ôtes tes vêtements un par un
tu ne le fais pas mais tu y penses
et chaque pas s’alourdit de ces petits tas de tissu que tu n'oses faire naître
avant d'y mettre le feu
ce t-shirt, tu n'y sens que ton odeur
mais du sommeil et des rires volés
sont dans chaque fibre
le plus sale des butins
ne dort jamais longtemps dans le ventre des cargos
tu longes les édifices
aux heures brunes
tu le hais ce fatras qui passe au travers des cartes
et la vie qui s'en échappe envers et contre tout
fumée volage aux relents magnétiques
entre les murs de pain sec et de béton traversés de métal
vieilles blessures longuement dissimulées
cette pliure de mégot, que serrent deux pavés qui méritent l'explosif à ton goût
admet-le, tu t'y vois, mais sans la magie des années où rien n'était signe
à présent
une voix te nourrie sans trêve
les mêmes maladies sont sur les bâtisses
et les hommes

mardi 10 octobre 2017

samedi 7 octobre 2017

samedi 30 septembre 2017

Une anecdote


A 14h50 heure locale, après une brève et futile dispute avec sa bien-aimée, il fait passer le portail à la voiture de son beau-père
à 14h51, en repoussant le lourd ventail métallique, il se pique le bout de l'index sur une arrête empâtée de rouille
le soir même, revenu sous un ciel au pastel gras
des vertiges l’assiègent, il se sent mal  
à 22h47, alors que les bêtes et les hommes sont à leur place
ces derniers resserrés devant des flammes odorantes,
il plonge dans une sorte de sommeil comateux
qui affole la maison
le trajet jusqu’à l’hôpital se fait dans le silence perçant des étoiles
trois jours plus tard
il meurt
sans que l’on puisse lui éviter les spasmes typiques
personne ne savait ce qu’il était parti faire
cet après-midi là, dans cette ville
tout un continent d’ombre pour lui seul
quand son sang l’a trahi
son sang venu d’ailleurs
il s’est fermé comme une fin d’été
le long de collines bleues indessinables
et leurs troupeaux si près, si loin,
les rues dont l’hiver a brisé les os
le marché qui sent l’acier brûlant
et ces yeux d’eau dormante qu’il aimantait
il était parti seul
sa bouche et ses paupières sont restées closes
dans une poche le ticket d’une commande fraîche
pour un collier de femme en argent



jeudi 21 septembre 2017

Retour sur terre


Grande banlieue, collines vierges à nouveau
des swastikas énormes sur un portail
ciel noué
tout suinte
palissades, ossuaire d’engins
deux jumelles de l’âge des cartables te scrutent
à travers la teinte rare de leurs tresses
le père attend sous le cirque de feutre
il a déjà sur les épaules son manteau d’où pleuvent des serpents de cuir
deux yeux sur le front
tambour, spasmes effrayants
ce dialecte de la nuit que tu parlais enfant
et elle sait tout, cette voix qui emprunte le corps
tu te demandes en regardant tes pieds si tu peux lui cacher quelque chose
sous ton front c’est électrique comme un aquarium surpeuplé
une crampe mord ta jambe, à reculons tu sors
étourdis
un souhait dans une larme de lait projetée vers le ciel
puis retour sur terre
cette journée trempée qui emmure
masque éteint, il soulève son t-shirt
un long trait blanc sur les côtes
frontière, contrebandiers touva, une balle, un poumon abandonné dans la taïga
un peu d’alcool brûle dans ses yeux, les tiens
tu dois promettre de revenir
les nuages chargés de poudre n’en finissent plus de creuser le chemin


lundi 11 septembre 2017

Publication dans le recueil collectif "L'instant fugace"



 
Publication de deux textes dans le recueil collectif de textes courts "L'instant fugace" n.1, paru en septembre 2017 aux éditions Jacques Flament.
(2e image : l'un des deux textes publiés)



http://www.jacquesflamenteditions.com/307-linstant-fugace/



 

dimanche 27 août 2017

heure cassée


Il est assis au bord du lit
tout dans la pièce est hors d'atteinte
collée à ses lèvres, une cigarette se consume lentement
le jour de fer blanc, que les stores à demi fermés retiennent dehors
dénude tout de même un bras de poussière
comme une tornade de sable minuscule, ralentie
il tourne le dos à la piscine dans la cour intérieure
il n'a pas vu encore le motif de plante grasse de ses eaux immobiles
immobiles, comme lui,
à ses côtés le costume de jais s'étire de tout son long
un double de lui-même, dépassionné
du bout des doigts il effleure le tissu mat
un coup d’œil à l'horloge
le bois vernis s’effacera sans lui sous les pelletés de terre
il n'ira pas.

Le souffle étouffé d'un avion lui parvient
doux, rassurant parce qu'il ne porte pas de message
sur l’écran face à lui
le lion d'une savane incolore
vient de sauter sur les flancs de sa proie



mardi 11 juillet 2017

Passage

Ne dis pas : c’est autrefois qu’il pleuvait à grosses gouttes des billes d’acier
à la fraîcheur de l’aube casquettes et treillis aiguisent les méridiens
les nouvelles alliances, la main mordue, même si c’est la plus tendre des chairs
les nouveaux alliages, du coltan et du sang étouffés par la terre
la meute et le troupeau se frottent, unis dans une paume
et c’est toujours la même musique
de droite à gauche et de gauche à droite
les panneaux stop et douane brillent et restent seuls lisibles
quand la bâche
la route neuve
le téléphone en charge dans la laverie
les bouteilles de plastique incendiées
s’enfoncent ensemble dans les jours meubles
qui n'aura pas croisé d’Ulysse au sang amer
la terre tatouée sous les ongles
le goût des grillages dans la gorge
et pour celui qui porte son mauvais nuage
pas à pas sur une route dévolue à la nuit
les cornes de ses chèvres
et les fleurs d'hibiscus
attendront de fleurir